Les bidonvilles de Madrid

A French-language original  
English language version  

3/cont. 

En 1980 encore, une enquête nationale montrait que 55% seulement des chabolistas étaient des gitans. En 1986 un autre recensement était effectué par le conseil mis en place par le gouvernement provincial dans le but de reloger en totalité dans les quatre ans les 12000 habitants des bidonvilles; il indiquait que ce chiffre était passé à 95%. Un nouveau recensement en 1991 a montré qu’il restait encore plus de 8000 chabolistas et d’après les chiffres actuels leur nombre augmente. Un taux de natalité élevé -le nombre d’enfants d’une famille gitane se situe en moyenne entre 5 et 6 - et surtout la venue, en petit nombre mais régulière, de nouveaux chabolistas expliquent la prolifération des bidonvilles.

Les chiffres reflètent également l’échec de la politique de logement quant aux besoins des gitans. En 1994, le directeur sortant du conseil, Julio Fernández Mato, déclarait à la presse que le principal problème n’était pas l’argent mais l’absence de volonté politique, et il affirmait que le racisme et le fait que les chabolistas n’ont pas le droit de vote y étaient pour quelque chose. Il est évident que les hommes de Valdemingómez qui travaillent avec des non-gitans ne se laisseront pas photographier de peur d’être reconnus. Ils se méfient aussi des solutions proposées jusqu’ici: éparpillement dans les grandes tours de la périphérie, ce qui entraîne souvent l’éclatement de leurs familles, ou réinstallation dans des zones urbaines industrielles. Après une visite en 1994 dans l’un de ces bidonvilles officiels, La Celsa, le roi s’est déclaré choqué par les conditions de vie. La mairie a construit là des bâtiments de béton qui ressemblent à des bunkers. Une enquête de cet été a montré que 22% des résidents nécessitaient des soins médicaux pour des maladies physiques ou mentales.

Les gitans de valdemingómez ont cependant fait savoir qu’ils ne s’opposent pas à être séparés ou déplacés dans une zone industrielle; ils veulent simplement de nouveaux logements. Au cour de l’hiver et du printemps derniers, les pluies abondantes ont transformé en océan de boue la terre autour de leurs baraques et en ont endommagé beaucoup. Cet hiver, pour la troisième année, ils vont dormir sur des matelas humides et se frayer un chemin dans la boue pour se rendre à la chapelle où ils prieront en attendant leurs nouvelles maisons.

Lettre au roi

Majesté,

Nous souhaitons exprimer par ces lignes notre stupeur devant le traitement inhumain dont font l’objet les familles gitanes de Valdemingómez. Si nous voyions nos semblables subir de telles épreuves dans un pays “sous-développé”, nous ne pourrions éviter d’éprouver de la colère. Que les victimes de cette discrimination raciale soient des Espagnols et plus précisément des habitants de notre ville, des madrilènes comme beaucoup d’entre nous, provoque en nous un sentiment tout particulier de honte et d’indignation.

Il y a trois ans, des sans-abris installés à San Blas ont été chassés de force parce que les terrains où ils s’étaient installés allalent être urbanisés par la municipalité. Les familles non-gitanes ont été relogées par la mairie. En revancha, les familles gitanes ont été contraintes à s’établir à Valdemingómez, près de la décharge de la ville; procédure semblable aux déplacements forcés des noirs sud-africains à l’époque de l’apartheid.

Leurs conditions de vie est un véritable déshonneur pour la capitale d’une démocratie européenne prospère. Il n’est pas nécessaire d’entrer dans les détails de leur misère. Nous savons tous comment vivent les gitans de Valdemingómez, même si nous détournons les yeux. Par ailleurs, et bien que l’on en ignore encore.

© Vicky Hayward, 1997

© French translation, Fanchita Gonzalez Batller, 1998

next page


© 1980-2019 All rights reserved

Copyright
as published 

links