Les bidonvilles de Madrid

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Les conditions de vie à valdemingómez ont alerté immédiatement tous les partis politiques et la presse. “La mairie envoie les gitans en enfer” a écrit Raúl de Pozo dans El Mundo. La mairie a vite réagi en promettant un relogement dans les trois mois; puis, à l’expiration du délai, pour la fin de l’année. Entretemps, le maire a refusé d’enquêter sur les conditions sanitaires et d’expliquer ses actes devant le Parlement régional. A l’automne 1995, nouvelle promesse de relogement, pour la fin de l’année. Puis, deux ans après leur arrivée, les gitans ont appris qu’ils ne déménageraient pas avant plusieurs années. La dernière action entreprise a été une pétition au roi signée de personnalités du monde culturel madrilène telles que le guitariste Paco de Lucía, le peintre Miquel Barceló et le metteur en scène Almodóvar. Il n’y a eu jusqu’ici aucune réaction.

Aujourd’hui, protester contre l’institutionnalisation des taudis par le conseil municipal est devenu secondaire par rapport aux problèmes de santé immédiats. En 1994, Médecins du Monde a qualifié le site de “dangereux, toxique et malsain” et a relevé des cas d’acné induite par la production de dioxine pendant l’évaporation et la combustion de déchets toxiques en présence de chlore. Une autre cause d’inquiétude est l’infiltration dans l’eau de matières toxiques à travers le sol. Au cours de la première année d’installation, 20 chiens, plusieurs poulets et des oiseaux en cage sont morts. Les infections de la peau et des yeux se sont multipliées. Beaucoup de femmes se plaignent de maux de tête. Bien plus inquiétant encore, un gitan de 23 ans, Benito, qui vivait avec sa famille à proximité de la décharge, est mort l’été dernier, apparemment d’une infection cérébrale.

Après tant de promesses non tenues et devant l’échec des nombreuses pressions exercées contre le maire, les gitans se montrent désormais fatalistes. Ils vivotent: des familles s’adonnent à la récupération, d’autres revendent des fruits et de l’ail, une ou deux ont des emplois temporaires. Le trafic de drogue ne s’est pas encore implanté comme dans d’autres bidonvilles. De nombreuses familles se sont tournées vers l’église protestante évangélique qui a effectué des conversions massives dans les chabolas de Madrid. Dans la chapelle de fotune, entre prières et cantiques, le pasteur proclame: “Même si le gouvernement ne vous donne pas de maison sur cette terre, ceux qui croient hériteront un palais dans les cieux”.

On peut dire que Valdemingómez constitue le chapitre le plus honteux dans l’histoire des bidonvilles de Madrid, qui comptent parmi les pires des grandes capitales d’Europe de l’ouest. Appelés “quart monde” par les travailleurs sociaux, ils se répartissent en 45 poches où l’on estime que vivent 2500 à 3000 familles. Ils ne sont devenus que récemment des enclaves à majorité gitane. Initialement, lorsqu’ ils sont apparus après la guerre civile, ils abritaient en nombre égal immigrés ruraux et gitans en voie de sédentarisation définitive.

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