Les bidonvilles de Madrid

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A première vue, Valdemingómez ressemble à n’importe lequel des bidonvilles de Madrid qui en compte plusieurs douzaines: une suite de baraques serrées les unes contre les autres, des enfants jouant dans la boue et quelques camionnettes stationnées à l’entrée près d’une chapelle de contreplaqué et de carton.

Translated by Fanchita Gonzalez Batller

Celui-là est pourtant différent, notamment parce que les 56 familles de gitans qui y habitent n’ont pas choisi de vivre là. Ils ont été amenés par la municipalité un matin de mai, en 1994, après avoir vu des ouvriers municipaux détruire leurs vieilles chabolas, leurs baraques, parce que le terrain sur lequel ils étaient installés depuis parfois 35 ans avait été vendu pour être urbanisé. Cinq semaines plus tôt, on avait remis aux 15 familles non gitanes qui avaient été leurs voisines les clés d’appartements neufs fournis par la ville. Le maire conservateur de Madrid, Álvarez de Manzano (Partido Popular) avait promis que les gitans seraient également relogés.

L’arrivée des démolisseurs à l’aube de ce matin de mai n’avait pas été annoncée. Les gitans furent ensuite transportés en camions sur un terrain déboisé à 15 Km à l’est de Madrid, près de l’autoroute N III et à côté de la plus grande décharge de la ville. Ils n’ont trouvé aucune construction, rien que des ouvriers qui marquaient à la peinture blanche des parcelles de 30 mètres carrés. Chaque famille a reçu une parcelle, quelques feuilles de contreplaqué et de la tôle ondulée pour le toit. A elles de construire une cabane. On ne leur a donné aucun outil et personne ne les a aidées.

Les chabolas ont aujourd’hui des portes et des fenêtres récupérées mais l’hiver a endommagé les constructions sommaires. Elles n’ont ni salle de bain, ni toilette ni eau courante; les 300 résidents doivent se contenter de trois arrivées d’eau collectives et s’accroupir sur la terre nue. Même en hiver par temps sec, les enfants sont environnés de mouches. Les jours d’été, la puanteur peut être suffocante. Il suffit de regarder autour de soi pour comprendre pourquoi. Il y a d’un côté un élevage de porcs avec une fosse à purin de 2000 m3 et de l’autre, à 400 mètres, la décharge et ses deux incinérateurs, destinés à traiter la majorité des 3600 tonnes d’ordures quotidiennes de la ville. Le médiateur de Madrid fait actuellement une enquête sur les risques que cela entraîne pour la santé dans un large périmètre autour du site.

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